Je me fais violence pour conserver, malgré mon humeur, ma voix d'encre. Aussi, est-ce d'une plume à bec de bélier, sans cesse éteinte, sans cesse rallumée, ramassée, tendue et d'une haleine, que j'écris ceci, que j'oublie cela.  
  RENE CHAR, FEUILLETS D'HYPNOS
 
Écrire pour déterrer ma voix.
  CHARLES JULIET
 
Vous avez soutenu, contenu et augmenté le poème.
  RENE CHAR A JOSEPH SIMA
 
C’est manque d’imagination du regard et défaut de distraction profonde que d’avoir besoin de contes, de voyages et d’extraordinaire, quand il suffit de fixer un peu ses yeux pour changer le connu en inconnu, la vie en songe, le moment en éternité.
  PAUL VALERY, MAUVAISES PENSEES
 
 

Voix d’encre, l’édition qui laisse
dormir le chat et rêver le lecteur,
a déjà 28 ans !


Voix d’encre, une maison d’édition qui doit son nom à René Char, Edmond Jabès et Christian Dotremont, trois poètes qui ont forgé à quelques années d’écart cette même métaphore !



Recueil après recueil comme au fil de sa revue qui paraît deux fois l’an, Voix d’encre publie aussi bien les inédits de quelques grands aînés d’hier que ceux des alliés substantiels du temps présent. Parce qu’il faut sans trêve agrandir davantage ce domaine où nous voulons respirer, tout parcourir du monde comme des possibles, toutes les dimensions du jour comme les innombrables ailleurs. Il faut encore ne pas mourir au moins avant d’avoir allumé pour jamais un brasier de mots tellement clair et brûlant qu’il semble les choses mêmes, comme le voulait Alain Borne.

Parce que l’encre, sinueuse ou vive, entre langage et silence, porte pour chacun sa lueur, noire et aveuglante. Et doit franchir en crépitant un à un chaque mur planté en travers de la liberté. Parce que la découverte d’un manuscrit, puis le partage de cette découverte, nous importent au plus haut degré. Publiant, nous donnons à lire ce que nous aurions tant voulu écrire, ce qui se glisse jusqu’aux nappes profondes de notre être ; publiant, ce sont mille et mille miroirs que nous voulons tendre.

Enfin, parce qu’à nos yeux, éditer poètes et artistes - en leur offrant un espace typographique de qualité avec des livres de chair et d’encre - s’apparente en quelque sorte à une utopie concrète. À cet idéal qui permet des livres issus d’une collaboration active, féconde, exempte de précipitation et sourde aux sirènes du mercantilisme... Donc une physique du livre à trois voix, celles de l’artiste et du poète, celle aussi de l’éditeur.

Voix d’encre, une maison tant pour le verbe que pour les arts plastiques... Aux éditions Voix d’encre, affirme Jeanine Baude, on fabrique de beaux livres où les illustrations font corps avec le texte. Et Alain Freixe : On ne cherchera pas à savoir qui a commencé, du peintre ou du poète. Seul importe le dialogue établi par les soins de l’éditeur.

Le livre ? Il est parfois cette scène de papier où s’exerce une mutuelle aimantation entre ces gestes majeurs que sont un poème et une œuvre graphique. Cette irremplaçable croisée d’expressions multiples, cet entrelacement de deux grands imaginaires de l’homme.

Aux mots de donner corps à la parole, aux livres de propager la lumière et les abysses des mots...


ROGER CAILLOIS : Il semble en outre naturel de se croire poète. Beaucoup du moins l’imaginent. L’habitude lyrique renforce en eux cette conviction simple. Ils ne ressentent pas de sentiments qu’ils n’estiment devoir confier aux vers. De là, tout ce que les recueils de poèmes contiennent communément de confessions naïves, d’images forcées, d’expression prétentieuse. Le boursouflé y rivalise avec le maniéré. Là, plus qu’ailleurs, on paraît convaincu que la sincérité tient lieu de tout effort et de tout mérite. Il n’en sort que du vent et de l’écume.


HENRI MICHAUX : Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie.