Ombres chinoises

de
Jean-Pierre GANDEBEUF

Illustrations :
Brunet Francis-Olivier

17.00 €    

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• ISBN : 2-910957-79-9

• parution : octobre 2003

• format : 16 cm x 24 cm

• pages : 88 p.

• illustration : encres de Francis-Olivier Brunet

Prix : 17.00 euros



La grande pagode et les classiques du thé, le yin et le yang, les pruniers en fleurs et le pavillon du vieux pin, les céladons de l’atelier des bambous, les champignons “oreilles des bois” et le canard cuit du Sichuan, j’en épuise désormais le souvenir à voix basse. Sans oublier l’origine des choses. Tels sont, jetés d’une main de jade sur du papier de riz, quelques éléments du bien jouir au pays du milieu.
La Chine ? Comme l’aurait dit en son temps Su Tung Po :
« J’y suis allé, j’en suis revenu, rien de spécial. »



Compte rendu de Jacques Ancet dans la NRF no 570, juin 2004.

Quand le roseau

s’arrête de trembler

la lune l’a déjà posé dans l’eau

Ce poème ne figure ni dans l’œuvre d’un lettré chinois ni dans celle d’un sage zen adonné à la contemplation émerveillée du monde. On le trouve dans le dernier recueil de Jean-Pierre Gandebeuf.
Voici un livre rare où l’érudition et la sensibilité, la méditation et l’humour ne cessent de se croiser, de se faire écho pour nous offrir la vision à la fois éblouie et souriante d’un Orient rêvé à travers sa littérature, son art et sa sagesse, surtout, mais aussi sa cuisine et son quotidien le plus infime :

"En Chine le rêve est toujours jaune. Il a la couleur de la terre.
L’humour passe bien, comme les principes.
(...)
Rendu à l’hôtel, le voyageur harassé compte mentalement dans sa tête : un dragon, deux dragons, trois dragons... avant d’atterrir en douceur dans la closerie du mandarin cultivant son jardin qui peint des calligraphies avec une moustache de chat.
Aucun oiseau ne le console dans sa chambre de jade..."

Album d’un voyage mental dans l’Empire du Milieu, rehaussé de très belles encres de Francis Olivier Brunet et composé de sept sections qui, si je puis dire, annoncent la couleur - “Ode à la journée de printemps”, “Buvant seul devant le pavillon bleu”, “Le marché aux épices”, “Hymne au dragon couché”, “Variations sur une rêverie d’automne”, “Geisha de dos avec drapé”, et “Quiétude après un bol de thé” -, ’Ombres chinoises’ pourrait n’être qu’un exercice de style plus ou moins réussi ou n’avoir qu’un intérêt documentaire et exotique. Pourtant le plaisir de lecture qu’on en tire tient à bien autre chose.

Il y a d’abord, loin de tout pastiche un peu trop facile, l’émotion contenue d’un hommage rendu à une culture visiblement aimée et pratiquée de longue date. Dans l’espace de ces courts poèmes passent les grandes ombres des sages, Tchouang Tseu ou Confucius, les silhouettes brumeuses des poètes surtout, celles de Li Po, de Tu Fu, de Wang Wei, celles de Su Tung-Po, de Tao Yuan Ming et de leurs compères japonais, Bashô, Buson, Ryokan, celles aussi des peintres, des artisans... Ils passent, ils ne s’arrêtent pas, ils sont comme un parfum lointain, une légère saveur qui donne au livre sa fraîcheur et sa délicatesse...

Jean-Pierre Gandebeuf, cependant, ne se laisse pas prendre aux mirages d’une poésie dont il sait très bien qu’elle nous échappe presque totalement et que ce que nous en connaissons n’est qu’une projection de nos propres rêveries orientalistes. D’où la présence de l’humour comme antidote qui nous tient à une distance et qui, s’il nous laisse voir ou entrevoir, nous évite l’écueil de la fascination : “ peindre un nid d’hirondelles / avec un cheveu chinois / et replacer la soupe / dans son contexte”.

Mais cet humour - assorti de la pointe paradoxale de certains koans (“S’endormir brusquement / avancer sa montre d’une heure / rejoindre son lit”) - fait, en même temps, ressortir par contraste la tonalité douce-amère d’une méditation discrète sur l’âge (“Pour Confucius, soixante ans est “l’âge des oreilles obéissantes...”) et sur l’impermanence de toute vie humaine :

"J’avance à cloche-pied, bouchon de paille dans les oreilles. J’aimerais parler au poète Tu Fu et lui dire tout le bien que je pense du vieux mur et de lilas noueux qui furent les anges gardiens de mon enfance.
Je décrirai la confusion d’un cierge devant un lis... mais je ne suis pas de taille à rêver par ces grandes chaleurs".

Alors, soudain, au détour de tel poème, nous ne sommes plus en Orient, même si sa lumière demeure en filigrane, nous sommes partout et nulle part. Et, dans le silence et la transparence d’un instant suspendu, nous voilà seuls avec le monde entier :

J’en reviens

à l’éloge du subtil

le petit temple

au bas de la colline

trois coquelicots

deux bleuets

deux cyprès

rien de plus




Le site de Francis-Olivier Brunet http://www.fobrunet.com